Publié le 4 Décembre 2016

Après une bataille de 7 ans contre les institutions qui voulaient le remplacer, le pont Colbert (pont du Pollet du temps de Paul ALEXANDRE, ingénieur en chef de la réalisation du pont Colbert) sera  inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, puis classé Monument Historique ce qui lui apportera le plus haut niveau de protection. La Commission Régionale du Patrimoine et des Sites de Normandie a émis un avis favorable le 29 novembre 2016.
 
Il avait été désigné en mars 2016 comme un des 7 sites patrimoniaux européens les plus en danger par l'organisme européen 'Europa Nostra' qui regroupe plusieurs centaines d'associations européennes oeuvrant dans le domaine de la protection du patrimoine et soutenue par la Commission Européenne et la Banque Européenne d'Investissement.
 
Le pont Colbert est le dernier pont tournant en Europe fonctionnant avec sa machinerie hydraulique à eau douce datant de sa construction et avec son système de commande qui date également de cette époque.
 
Bravo aux Dieppois, à la la Maire de Dieppe, aux amoureux des ponts qui relient les hommes et les mémoires, aux arrières petits fils et petite fille de Paul Alexandre !

Rédigé par Michèle Champagne

Publié le 15 Novembre 2016

Un déménagement est toujours une coupure, il peut constituer une césure si le nouveau décor est aride, et le lieu semblable à une anse de béton accrochée au navire sans eau.

 

Des boîtes blanches, bien fermées, rivées le long du couloir, ce couloir qui conduit à la fontaine à eau, aux ascenseurs ou vers la montée dans les paysages des métiers.  Des bennes, bouches béantes, prêtes à engloutir expertises et bilans.  La photocopieuse devenue silencieuse.  Le bruit des tasses à café dans ce dernier « no mans land ». 

Aller et venue des déménageurs, cartons trimballés jusqu’aux camions.  La porte d’entrée grande ouverte, personne ne passe par les portillons, à quoi bon ?  Tous à fouler le sol de marbre recouvert de bristol.  Même l’ascenseur s’enroule de couvertures  pour nous rappeler le départ. 

Décor de carton-pâte. 

Une sensation de « pas  encore partie » dans ce vide qui se vide au goutte à goutte.  Des sourires, des au revoir, des claquements de mains, jeux de gamins, et toujours la préoccupation d’imprimer le dernier rapport avant l’heure.

Déjà ailleurs, tout en étant encore ici. 

Esseulés des gares, esseulés des départs. 

S’inscrire à l’intérieur d’un monde qui disparaît dans l’affaissement des pas, des voix.

Se mettre au vert.   

Aubert, ne vois-tu pas le dernier coup d’œil au Trocadéro, au musée de l’Homme, au soleil doré du Péninsula ?  Et nos pas sur les Champs Elysées, l’espace d’une pause, nous étions voyageurs.  Place Victor Hugo, nous cherchions les mots qui inspirent au repos sans le « J’accuse ».  L’espace et le temps, aucune configuration n’est durable. Chacun se constitue une géographie personnelle, sentimentale.

 

Et maintenant, dans ce bureau paysager, sans porte ni cloison, l'espace s’anime de mouvements, de passages, de paroles. Et les voix rebondissent dans le vide du paysage sans fleurs, sans montagne ni cours d'eau, elles pénètrent les pensées, bruinent l’effort à la tâche.

Le souffle coure se mettre au vert. 

Aubert,  où se trouve la mer ?

Mais nous verrons la pluie, la brume, la neige, et tous les météores survoler le Sacré-Cœur, « le Sacré-Cœur, le baromètre de l’âme », disait Jean-Jacques Rousseau.  Dans la forêt minérale, loin des bouleaux, au cœur des bureaux. 

Chihuly, poète du verre

Chihuly, poète du verre

Rédigé par Michèle Champagne

Publié le 22 Septembre 2016

 

Un article sur le général André Boris, dont la carrière est faite de loyauté comme en témoignage les souvenirs et les décorations que nous portons à la connaissance des généalogistes dont certains de leurs ancêtres ont vécu les deux guerres. Nous avons retracé le parcours du général Boris, en exploitant les archives familiales, dont certaines sont déposées au Service historique de la Défense à Vincenne  afin qu’il entre comme tant d’autres, encore inconnus, dans « l’ère de la commémoration ».

La parentèle du général Boris Illustre les divers réseaux qui s’entrecroisent dans les trajectoires de vie : un militaire de carrière, René Alexandre (1864-1932), une personnalité du patrimoine industriel maritime, l’ingénieur Paul Alexandre (1842-1921), concepteur du Pont Colbert de Dieppe dont l’avenir mobilise les Dieppois, un homme politique, Georges Boris, son cousin, directeur de cabinet de Léon Blum en 1938, et enfin, lié à la famille du général Boris, Paul Léon, sous-secrétaire d’état aux Beaux-Arts (1874-1962).

 

Rédigé par Michèle Champagne

Publié le 27 Août 2016

Un agréable moment en Bretagne, avec un brin de folie !

 

Tout s’était bien déroulé jusqu’à l’entrée de la salade.  Les moules, juteuses et charnues, se mariaient bien avec le vin blanc, les melons, sucrés en cette saison, fondaient dans la bouche en laissant une fraîcheur à peine perceptible sous les papilles.  Bref, j’avais la sensation d’être à ma place, en présidant la table champêtre, seule personne du genre masculin parmi ce trio des grâces.  J’y trouvais même un confort viril.  

 

La romaine prit place dans un plat de porcelaine émaillée.  En la tournant, je vis une aura verdâtre qui lui donnait des formes et je songeais à la signification de cette couleur : "le vert a besoin d'un complément pour s'accomplir, le vert a besoin d'être dans l'action."   Aussi, je tournais et retournais la Lactuca plusieurs fois, les convives étant attirés par le soleil qui irradiait la pointe de la Garde Guérin.  Je servis les dames, puis je déversais quelques feuilles dans mon assiette, du Quimper, remarquais-je, avant de les déposer sur la demoiselle bretonne, tout en évitant d’écraser sa coiffe.

 

 "Le vert a tendance à vouloir impliquer les autres."  Je n’arrivais pas à me dégager de cette idée qui nourrissait mes pensées.  Sans y prendre garde, je pris l’essuie-main, vert pomme, froissé par l’humidité des Cancalaises, et, tel un créateur de modèles, je me mis alors à l’action.  Voilà la serviette transformée en un frou-frou drapée de la laitue pommée !  Je pris des feuilles tendres aux nervures pennées et les dressa sur le bustier juponnée de la serviette.  Hélas, avec la morphologie et les hanches gonflées de la scarole, le justaucorps tombait à plat, sans poitrine. 

 

J’appuyais frénétiquement avec ma fourchette et mon couteau comme si je maniais des épingles qui virevoltaient  pour l’essayage, mais les corps glissaient comme de la soie.  Je poursuivais, appliquant le sur-mesure pour une efficacité gustative. Effeuiller, encore et encore ! Je confondais alors le vert olive avec le vert citronné imbibé par l’eau de mer des mollusques. Déchiquetant les éléments, courant sur l’assiette pour rattraper les épaves dont certaines passaient  par-dessus bord,  je cherchais désespérément le tombé parfait d’une robe émeraude. 

 

Surgit alors la maîtresse des lieux qui revenait de la cuisine : « mais, que fais-tu avec ta serviette ? »  A cet instant, mon cerveau reptilien se dissimulait  dans un vert pâturage car je me trouvais, voyez-vous, en manque de réplique.  L’essayage avait pris fin, le verdict tombait : j’avais confondu la serviette de papier et la laitue !  Ma tête se couronnait alors d’une corolle de supplices, pire, je m’imaginais en marin, esquivant les embruns.  Heureusement que la serviette n’était pas assortie à la nappe !  Et même si tel avait été le cas, j’avais composé une œuvre où souvenirs et plaisirs se mélangeaient à la joie de tous.

Laitue, salade

Laitue, salade

Rédigé par Michèle Champagne

Publié le 12 Août 2016

On dirait deux frères aux mêmes tournures, épinglés de fer, nés pour supprimer les distances, rapprocher l’un par rapport à l’autre. Le premier - Oskar - est à Liepaja en Estonie, le second - Colbert - est à Dieppe en Normandie. Tous les deux tournent pour laisser passer Baltans, Fanatas, Jussys, ces voiliers d’été qui sillonnent les mers. Oskar et Colbert sont du même moule, ils invitent à changer nos regards lorsqu'ils glissent sur l'eau.

Alors les rêveurs posent pied dans leur tête.

Les ponts tournent, sans bruit.

Oublier le souffle de la ville.

Respirer profondément lorsque la colonne dorsale des ponts ne fait plus le dos rond.

Colbert et Oskar sont munies de toupies pour faire tourner dames poutrelles sur le chenal pendant que sur le pont des bateaux, les plaisanciers s'activent au gouvernail. Tous les drapeaux du monde se déroulent au vent comme cerfs-volants pendant qu'Oskar et Colbert déploient leurs ailes pour toucher le coeur des citadins et celui des marins.

A gauche : pont Oskar Kalpaks drawbridge - Liepaja Estonie ; à droite, pont Colbert - Dieppe, NormandieA gauche : pont Oskar Kalpaks drawbridge - Liepaja Estonie ; à droite, pont Colbert - Dieppe, Normandie

A gauche : pont Oskar Kalpaks drawbridge - Liepaja Estonie ; à droite, pont Colbert - Dieppe, Normandie

Rédigé par Michèle Champagne

Publié le 2 Août 2016

Visite d'EUROPA NOSTRA sur le pont Colbert à Dieppe du 31 Mai au 2 Juin 2016. Intérêt international porté au Pont Colbert, sa singularité technique et patrimoniale en font une architecture à conserver, à protéger et à restaurer.

“The Colbert Bridge is the largest swing bridge still operating in Europe with its original mechanism. Its equipments, fully hydraulic, are of a great elegance and simplicity. Apart from the replacement of the steam pumps with electrical pumps in the 20s, the entire mechanism from 1889 is still intact and has been preserved, as well as the bridge itself, almost all its authenticity and integrity.

Rédigé par Michèle Champagne

Publié le 18 Juin 2016

Forêt d'Amboise et les EtangsForêt d'Amboise et les Etangs

Forêt d'Amboise et les Etangs

Dès la fin de l’après-midi, nous nous enfoncions dans la forêt de chêne, les raies du soleil irradiaient les feuilles, les talus, l’herbe.  Le sol fumait encore après la pluie du matin. Nous marchions jusqu’aux étangs faisant bien attention de ne pas glisser sur l’herbe mouillée.  Assise sur un banc, je me parlais en secret pour accompagner mes rêves, la tête pliée vers la poitrine, c’est à peine si je bougeais les lèvres. L’eau dansait sous le vent, des feuilles aux branches volaient, certaines tombaient sur nos cirés. La pluie arrivait d’un seul coup dans le lit étroit d’une parcelle de ciel entre les nuages. Tout près, une cabane délabrée rendait service à la saison de la pêche, nous nous précipitions à l’intérieur pour être à l’abri durant l’orage.  Puis, la clarté venait, et nous allions vers de grandes clairières sous un ciel pommelé de petits nuages, devinant les futures coupes à l’automne : quels seront les chênes à abattre ?  Tournant et retournant entre les arbres, je me suis calée contre un jeune chêne, frottant mes bottes mouillées l’une contre l’autre tout en récitant un poème, les yeux rivés au sol.  L’herbe devenait du feutre, tout devint doux.  Je goûtais la beauté du spectacle dans ma solitude, j’inspirai, les  poumons gonflés de l’odeur de la terre mouillée, je frottais mes yeux jusqu’à ce que les arbres deviennent des échelles à gravir vers des paysages inconnus. 

C’est alors que mon visage s’éclaircit…

ll n’y avait ni début ni fin, juste ce moment dont je garde le secret.

Rédigé par Michèle Champagne

Publié le 25 Mai 2016

Harmonie - Ph. Leon et Liberté - F. Petitjean
Harmonie - Ph. Leon et Liberté - F. Petitjean

Harmonie - Ph. Leon et Liberté - F. Petitjean

 

Un exercice d’écriture par deux amies à partir de deux photos prises par leurs conjoints.   Deux et deux font quatre, autant de visions du Cap Frehel.

Michèle CHAMPAGNE et Teresa Petitjean

 

Quand la mer nous parle, dans les yeux d’un enfant apparait la surprise et l’émerveillement.

Le marin cherche le cap alors que le bruit du chalutier envahit le silence, la mer s’ouvre, la pointe de la Rade devient plus petite, grâce au mirage !

 Laissons cet homme se retrouver dans cet instant,

seul, face à lui-même pour mieux saisir la beauté du paysage

et goûter le doux et l’amer de son existence.

Cordages et balises jettent leurs ombres au soleil de six heures, dans ses filets, une pêche bien fournie pour nourrir les vacanciers et les familles de la côte.  Sur la falaise, hommes et femmes déambulent, bras ballants, d’autres prennent un goûter.  Son équipier prépare les filets, superstitieux, ni l’un, ni l’autre ne prononcent les mots qui portent malheur – curé, corde, noyage, loup, chapelle -  il n’a jamais perdu un homme à bord même lorsqu’il a vu la mort de près.

La façon dont il vit son métier anime son esprit.

II reste le seul maître de son temps et de son lien avec les autres.

 Il marche sur la mer, son univers depuis toujours.

Le chalutier est au large, soudain, un ciel gris d’orage met en lumière les nuages qui avalent l’air, l’horizon, la mer.  Le vent souffle le ciel et la terre, les vagues  roulent avec fracas, l’encerclent, la mer gronde à bâbord, à tribord.

Il est temps de partir ailleurs,

de laisser ces moments vécus dans le coffre de ses souvenirs.

Il est temps de retrouver ceux qu’il aime.

Naufrage à l’horizon. Les yeux aigues-marines de sa gamine lui lancent un signal de détresse depuis la terre ferme, alors il se cramponne à la barre, tout son corps ruisselle, tenir…tenir… jusqu’à la prochaine vague, encore et encore.  Son équipier chuchote « dieux des mers et des océans libère nous de cette tempête."

Il ne peut pas échapper aux aléas de la nature,

 le temps lui paraît une éternité.  Figé dans sa peur,

 il lève les yeux au ciel comme un vœu pour exorciser ce moment,

pour que cela se termine, pour dompter son impuissance.

Dire le mot que les hommes de la mer n’osent pas prononcer – la peur –  cette écume blanchâtre qui colle à la peau et vous tire dans l’abysse, hurler le « chant à virer «  pour donner de la cadence à l’effort.  Deux marins agrippés au gouvernail, quatre mains qui étouffent le monstre marin, atteindre la Rade, la Rade…

Les dieux l’ont écouté, la tempête a laissé place à un soleil enivrant

Soulagé,  il entend le chant des oiseaux autour de lui.

Désormais sa route est dégagée, son destin lui appartient.

 

 

Rédigé par Michèle Champagne

Publié le 24 Mars 2016

L'organisation européenne 'EUROPA NOSTRA', réseau de 400 organisations non-gouvernementales dédiées à la protection du patrimoine, soutenu par la Commission Européenne et la Banque Européenne d'Investissement, établit chaque année la liste des 7 sites patrimoniaux européens les plus en danger et fait du lobbying pour leur sauvegarde. En 2016, le Pont Colbert a été inscrit sur la liste suite à un dossier déposé par la Fondation du Patrimoine.

Bravo à tous ceux et celles qui soutiennent le pont Colbert. Restons encore sur le pont, prochaine étape, l'inscription à l'inventaire des monuments historiques.

 

http://7mostendangered.eu/2015/12/10/colbert-swing-bridge-in-dieppe-normandy-france/

Le Pont Colbert retenu par Europa Nostra
Le Pont Colbert retenu par Europa Nostra

Rédigé par Michèle Champagne