Publié le 21 Décembre 2014

Crédit photo : Ph. Léon

Crédit photo : Ph. Léon

Au cœur du navire, il est là, blottit, l’homme au bonnet bleu. Il colle son oreille contre la coque ; un craquement sourd et caverneux, des tirs, le bruit des coutelas que les pêcheurs dégainent sur la banquise. Est-ce le navire qui se meurt dans les glaces, son ventre que l’on éventre, ou celui des manchots et des baleines ?

Nuit froide.

Dans sa poitrine, des bruits de grêle. Les lèvres gercées cachent la parole givrée. Un goût amer coule dans sa gorge. La pluie s’épanouie dans ses yeux. Oublier pour une nuit, chasseurs, glaciers, Adélie...

Encore une longue nuit. 

Le pont n’est plus que muraille, la coque grince, les cordes s’éraillent. Le bonnet bleu de l’homme rigole entre ses doigts. Le marin rêve. Sous la grande vague d’une mer lointaine et chaude, son corps plonge, en chute libre, le temps d’un songe. Les albatros volent, barrant le ciel, un souffle bien-aimé réchauffe son visage rougeâtre. Le voilà fébrile au creux de la nuit, son bonnet vogue entre ses genoux. Toucher le ciel, bleu aigue-marine, bleu de minuit, bleu d'outre-mer. Suivre le fil du cerf-volant comme lorsqu’il était enfant, la corde visible au doigt, l’oiseau magique devenu minuscule, invisible au ciel. Jeunesse soufflée par les vents. Est-ce le rêve qui s’écroule d’un seul souffle ? Même tombé, l’écho serpente au fond des fjords, la gueule de l’ours blanc s’ouvre !  Grimper au troisième mât du navire, moussaillon !

La lune brille, aussi blanche que la neige.

Les mains du marin se crispent, la peur scintille sur son front, la pluie coule sur son dos, et cette blessure au cœur rallumée aux heures sans jour...  Adélie, ce prénom marqué sur la conque du navire. Les glaces ne dorment jamais, elles respirent, s’étirent, se chevauchent sur la lande poudrée. Le jour n’est que mirage. Et dans le rêve, voir le ciel, la lumière comme clapotis sur l’eau ! Au pays des glaces éternelles, le marin ancre sa vie.

La nuit touche à sa fin.

Publié le 12 Octobre 2014

Des rêves, comme le souffle d'une calligraphie, dans la nuit...

1ère nuit, Shôki, le chasseur de démons

Au couchant…

Un guerrier chinois chevauche un cheval de papier pour chasser les démons. Sous la grande écume qui fume au large de la côte d’Opale, le ressac remonte et dresse ses tentacules de mousseline.

Le temps s’éclabousse... présent, futur et passé  fondent dans le brouillard, le cœur sautille aux lèvres.  Disparus, les continents ! 

Au creux de l’océan, un navire se hisse, porté par les monts blancs de la houle.

Le vaisseau d’or devient flottant.

La pointe du jour éteinte, l’angoisse respire, la nuit s'éclaircie,  les lames se brisent sur la muraille de Chine. C’est alors que rebondie sur le mur de ma chambre, une lumière voilée et vibrante qui coule sur mes joues. Surgit du brouillard, Shôki avec son étendard pointé vers le ciel qui galope sous les fleurs du prunier. A peine né, le jour se détache en grappe de raisins. A l’horizon, dégagé des tempêtes, le vaisseau d’or coiffé d’un arc-en-ciel poursuit sa route, toujours vers les lointains. L’espoir vrille sur l’eau comme feu d’artifice, du temps où je sentais votre corps, tout près.

Le démon s’endort, le guerrier rentre, blessé, retrouver les dieux d’allégresse.

En ce jour nouveau jusqu'au couchant.

2ème nuit, Veshakaaran, le danseur de la nuit

Le jour tombe dans la lune qui s’éveille. Un homme souffle dans un coquillage. Ma tête plonge dans l’oreiller, le rideau se lève.

Au pays des Esprits, les couleurs soufflent la vie. Des tapis recouvent la scène, un jeune homme jongle avec des balles, les poudres de maquillage sont disposées sur le sol dans de petits bols. Deux ans pour apprendre l’art de marier les couleurs du fond du coeur : l’huile de coco et le curcuma donnent naissance au jaune, le poivre et la poudre de riz réveillent le noir.

Un danseur entre, habillé d’un pagne blanc, le visage peint en vert, le front safrané. C’est Jayanthan, le guerrier dévoué à la paix. Le jongleur quitte ses balles pour allumer une lampe. Lalitha surgit, le visage doré, les yeux à demi-fermés, soulignés de traits d'ébène, la bouche empourprée, une arabesque coule sur ses joues, un point rubis en guise de continent sur son front.  Du moindre de ses mouvements émane l’odeur de fleurs d’oranger. Derrière son dos, le démon Naraka brûle sous son masque ténébreux et enflammé. Jayanthan lutte contre la force maléfique de Naraka, et le pousse, dans un dernier assaut, au creux de la terre.

Tintement de clochettes, battements de tambours, la cithare fait place à la flûte, les danseurs glissent sur le sol,.  De leurs yeux, ils dansent, leurs mains traversent l'espace, descendent vers leurs ventres,  se hissent sur leurs poitrines, dressent des coupoles entre ciel et terre.  Neuf silhouettes aux neuf visages de l’être humain.  Les corps se déplient, se grandissent, touchent les cieux pour exprimer …

le chagrin-  la fureur - le courage -  la peur  - le dégoût - la joie - l’émerveillement  - l’amour  -  la paix.

Neuf vies, imaginées dans la nuit, dansent au-delà du rivage. Jayanthan séduit par la beauté de Lalitha renaît de son combat, et meurt en laissant Lalitha rejoindre Shiva, le roi de la danse.

Dernier souffle sur l’oreiller comme dans un coquillage avant la marée.

Shokî, le chasseur de démons, Lalitha au visage doré, Naraka le démon, Jayanthan, le guerrier dévoué à la paix Shiva le roi de la danse
Shokî, le chasseur de démons, Lalitha au visage doré, Naraka le démon, Jayanthan, le guerrier dévoué à la paix Shiva le roi de la danse
Shokî, le chasseur de démons, Lalitha au visage doré, Naraka le démon, Jayanthan, le guerrier dévoué à la paix Shiva le roi de la danse
Shokî, le chasseur de démons, Lalitha au visage doré, Naraka le démon, Jayanthan, le guerrier dévoué à la paix Shiva le roi de la danse
Shokî, le chasseur de démons, Lalitha au visage doré, Naraka le démon, Jayanthan, le guerrier dévoué à la paix Shiva le roi de la danse

Shokî, le chasseur de démons, Lalitha au visage doré, Naraka le démon, Jayanthan, le guerrier dévoué à la paix Shiva le roi de la danse

Rédigé par Champagne Michèle

Publié le 15 Août 2014

Imaginez que pendant la nuit, dans une librairie, des livres se font la malle, certains valsent, d'autres chahutent, certains prennent l'autoroute non numérique pour tracer une carte imaginaire, celle des mots, portés par les vents, au-delà des murs, alors que chacun de nous dort, ou pire encore, les grands s'endorment sur leur livre ouvert, fenêtre fermée, émerge que le tintement des voyelles et consonnes qui s'entrechoquent...

De tout cela, n'avez-vous pas le goût de lire à travers les lignes ce monde imaginaire qui coule en phrases délaissant les paragraphes à la vitesse de l'imagination ?

Rédigé par Champagne Michèle

Publié le 14 Juillet 2014

Est-ce la lumière blanche de la pleine lune ou les grêlons du sud tombés en plein été qui ont propulsé des entrailles de la terre le ventre de la mine sur la promenade plantée ? Aucun passant ne remarque ce wagon gonflé de terres et de pierres prêt à dévaler son butin dans les entrailles du Sahel. Où sont passés les orpailleurs d’Afrique ? Ici vont et viennent les travailleurs costumés de la Défense, les cyclistes rétropédalant pour retarder l’horodateur des neuf heures, les femmes toutes voiles dehors fonçant avec leurs poussettes, les enfants tirés par la main qui les guide vers la crèche ou l’école pleurant à qui veut bien les entendre. Suis-je la seule à remarquer la mine blottie dans les fleurs et les arbustes ? On dirait une forêt peuplée d’Elfes qui sortent au couchant, voitures et piétons rangés, rentrés. Et la mine, l’entendez-vous malgré la rame du métro Bel Air, les bouteilles de verre que l’on met aux rebus, la sirène d’une ambulance dévalant sur l’avenue Netter ?

Lundi, jour d’orage. Les parapluies sautillent sur la coulée verte, la pelouse boit l’eau, le ventre de la mine se gave de boues avant de disparaitre. Je jette un dernier regard avant la montée, les rails crissent sous la pluie, le fourgon s’enfonce sous le pavé. Le reverrais-je demain ? Le soir, tout est sombre, impossible de le distinguer, les buissons l’entourent et l’enserrent. Pénétrer dans cette forêt en pleine nuit ? A moins que des chevaux sauvages tirent les wagonnets vers le souterrain à la tombée du jour ?

Mardi, jour d’éclat. Les merles picorent entre les fleurs, le jardinier arpente la trame verte avec ses outils. Le wagonnet est toujours là, chargé de son butin, il tremble sur ses rails. Mais non, c’est le vent qui agite les buissons. Quelqu’un a dessiné un oiseau sur son ventre comme si on voulait lui donner le pouvoir de s’envoler au bout du rail, décoller de la coulée verte pour gagner au-delà du bois de Vincennes, l’Afrique et ses mines de diamants. Le fourgon sera-t-il encore parmi nous demain ?

Mercredi, jour gris. Les feuillus s’ouvrent entre les nuages, un coin de ciel bleu, minuscule comme les pépites d’or dessine une trame bleue. La voiturette du jardinier est au bout de l’allée. Le wagon silencieux attend qu’on lui livre ses victuailles, il respire en douceur pour ne point dessiner buée sur les fleurs. Grise mine, aujourd’hui la rouille le taraude sur les hanches, les roues grincent pour accompagner la tristesse grisâtre. Attention au coup de grisou !

Jeudi, jour d’été. Chaleur, brise légère, je dévale l’allée verte comme si j’étais sur la plage, du sable fin sur les joues, la mer dans la tête, et du bleu, du vert, partout ! Me voici au bord de la falaise surplombant fleurs, arbres, graminées, et les hortensias, blancs comme l’écume des vagues. Et la berline resplendit, brille de toute sa carapace d’acier, les pierres luisent comme des galets. Un air de vacances flotte sur la coulée verte, seul le jardinier tourne le dos à la mer et à ses rivages occupé à ses moissons en toute saison.

Vendredi, dernier jour de labeur. Dès le matin, déjà au pas de course à penser aux activités du week-end, un coup d’œil rapide au wagonnet qui fume au rythme des coureurs.

Samedi, la ville se réveille doucement. La coulée verte, déserte, s’étire le long de l’allée, le caisson refait surface entre les buissons, pique du nez pour renifler l’odeur de l’herbe, les insectes prennent d’assaut les plantations, grimpent sur le dos des troncs d’arbres, les fleurs babillent dès la rosée du matin.

Dimanche s’écoule sur la coulée verte avec les coureurs, cyclistes et promeneurs. Les uns regardent au-dessus de l’épaule les plantations, d’autres en pédalant reniflent le parfum du terroir, le wagon se repose, vidé, prenant le soleil fragile qui apparait entre les feuilles des arbres. La mine laisse son empreinte aux citadins, elle récupère les espaces verts le temps d’un concours. Et le jardinier, s’extirpe des fleurs, se déplace de-ci de-là entre la mine, sa création, et le palais de son labeur.

Création du Jardinier rue du Sahel Coulée verte Paris, concours 2014 -Merci d'embellir la ville
Création du Jardinier rue du Sahel Coulée verte Paris, concours 2014 -Merci d'embellir la ville
Création du Jardinier rue du Sahel Coulée verte Paris, concours 2014 -Merci d'embellir la ville

Création du Jardinier rue du Sahel Coulée verte Paris, concours 2014 -Merci d'embellir la ville

Rédigé par Champagne Michèle

Publié le 8 Juin 2014

Pour tous ceux qui ne veulent pas oublier la mémoire des illustres, aussi bien connus qu’inconnus, je vous invite à signer cette pétition contre la destruction d’arbres centenaires et la mémoire de Michel Lévy, médecin militaire pendant la guerre de Crimée 1854-1856, surtout en cette année de commémoration du débarquement.

Nous savons bien que la réalité oblige, mais n’oublions pas, la mémoire

Qui d’autres se souviendront passés les trépas numériques ?

Ne pas refuser le progrès, les contraintes.

Ne pas oublier notre devoir de mémoire.

Merci de votre soutien.

 

 

 

 

Rédigé par Champagne Michèle

Publié le 20 Mai 2014

Il est du temps au temps qui parle du temps

Comme billes de verre en hiver malgré les ans

Gelées les années givrées de jeunesse

En allégresse s’en vont sur des traineaux sans chevaux

Et sur un banc au soir d’un printemps tardif

Que disions-nous des rêves sous les ifs

A trop espérer nous devînmes rêveurs éveillés

Et maintenant sans scrupules sous la brise d’été

Nous voici envolés vers de nouveaux espoirs

Toi déesse et moi dieu des océans sur le Loir

Laissons vie et dérives en plan

Enfin descendons le courant

Au couchant couchons-nous sans nous réveiller

Demain est déjà trépassé

A voir, à entendre, tout en lisant

Rédigé par Champagne Michèle

Publié le 4 Avril 2014

Jour d’anniversaire

Ventres bombés d’azur blanc

Que de mots et de mains ont glissés sur la nappe amidonnée

Fossette au menton se creuse, sus le rire rouge de vin

Déjeuner aussi naturel qu’une abeille au rosier

Et le gigot aussi tendre qu’un agneau

Allons boire un café très noir

Pas un ne manque au jardin

Dans la maisonnée, trousseau de jeunes ménages

Nappes amidonnées, pliées, à la lueur des espoirs des siècles derniers

Enfin, retrouvées au grenier

Secret des textiles anciens

Aux lettres brodées Alexandre, Léon, Feldmann

Et d’autres encore, cachés dans les coins de l’oubli

Tel un songe, à la beauté d’un nouveau dîner

Renaissent !

Nappe ancienne

Nappe ancienne

Rédigé par Champagne Michèle

Publié le 25 Janvier 2014

Jorge lève la tête au moment où la navette spatiale américaine perce la couche de nuages. En plein désert du Mexique, Jorge marche avec son chien. Jorge quittera le Mexique pour passer de l’autre côté du mur, "là-bas où les riches envoient des fusées au ciel. Ils sont peut-être écoutés de Dieu ? " Jorge chemine avec son ombre et son fidèle ami à quatre pattes. "Pourquoi m'acharner à vivre dans ce foutu Mexique, sans fric."

Pas besoin de prendre une navette, Jorge est sur une autre planète depuis le décès de sa femme. Ses fils maintenant adultes n'ont plus besoin de lui ; le plus grand est aux Etats-Unis, l'autre vivote de trafics à Mexico. Franchir ce mur que les américains ont construit, un mur de peur et d'espoir qui suinte de haut en bas, un mur qui attire comme un aimant. Son cabot ne sera pas du voyage. " Le tuer ou le laisser à un ami ? La pauvre bête se laissera mourir."

Jorge continue d’avancer, les yeux fermés et les genoux qui vacillent. La bête le frôle comme si elle avait deviné son intention. Jorge continue d'avancer avec son fusil, pointe baissée, cœur en berne.

Une voiture s’arrête derrière sa camionnette. Trois hommes descendent de la Ford, le premier lève les bras en l’air, les deux autres le suivent. Le chien se met à japper, la bête court, un coup de feu éclate, une touffe de poils s’effondre. Un autre coup de feu, une forme chute sur le sable, un chapeau roule sur la route. Un homme, le plus petit, s’approche du camion de Jorge. Il ouvre la porte, retire les clefs restées sur le volant, et remonte dans l’auto. La Ford repart en trompe, Jorge appelle "Kico, Kico ?" Il n'a pas tiré, d'autres s'en sont chargés.

Près de son camion, Jorge aperçoit un corps allongé sur le sable et... Kico. Le flanc droit couvert de sang, la bête respire par coups saccadés. Jorge se rapproche, s’agenouille près de Kico, lui caresse la tête. Une plainte jaillit comme les pleurs d'un enfant. Jorge se lève, fait un signe de croix, puis il prend son fusil, visse le manche à son épaule, l’œil droit à moitié fermé. Une détonation étouffe le cri de la bête. Il se dirige vers l’homme, un filet rouge creuse le sable. Les yeux ouverts, l'inconnu fixe le ciel, sans vie.

Jorge retourne à son camion, les clefs sur le volant ont disparues. Il cherche autour du véhicule, piétine sur la route. Pas de trace de ses clefs. "Maintenant, il ne me reste plus qu'à marcher. Marcher jusqu'au mur et le franchir, vivant ou mort."

Mur entre les Etats-Unis et le Mexique

Mur entre les Etats-Unis et le Mexique

Rédigé par Champagne Michèle

Publié le 17 Novembre 2013

Conversation sur rail

Dans le train en direction de Madurai pour Trivandrum, je prends place dans un wagon de luxe : banquette de cuir crevassé, ventilateur rouillé, vitre entourée d’un isolant de caoutchouc bavant aux quatre coins. Je soupire en pensant que j’ai bien fait d’opter pour un confort avec air conditionné ! Vingt-minutes plus tard, la locomotive démarre malgré les hommes et les femmes qui circulent sur les voies ferrées pour rejoindre l’autre quai. « Incredible India ! » comme dit mon guide. Le paysage déroule son filet de villages, ses immondices au bord des chemins et ses routes de terre battue et de macadam troué. J’ouvre ma tablette, un roman indien à lire. Quelques minutes plus tard, je suis dérangé par un brouhaha : un jeune couple allemand tente désespérément de s’installer sur deux sièges avec un énorme barda sur le dos, de véritables mules ambulantes ! Détournant mon attention vers l’extérieur, le paysage n’a rien de particulier, je me replonge aussitôt dans ma lecture.

Avanchi Maniyachi. Arrêt brusque. Une musique digne d’un Bollywood trépidant jaillit dans l’allée du wagon. Un vieil homme aux cheveux blancs, muni de deux gros sacs en plastique aussi fissurés que les sièges s’arrête devant ma loge. Ses yeux escaladent le sommet de ses lunettes lorsqu’il s’approche pour lire l’étiquette collée sur la porte du wagon-lit. La musique continue sa danse endiablée, la poche de sa chemise scintille d’un vert émeraude. « Oh non ! » dis-je. Ce nouvel intrus dépose ses cabas sur la banquette en face de moi. Je lui signale de baisser la musique de son portable en répétant « musique », « musique », et pour insister davantage, je colle mes mains sur mes oreilles. Il a compris ! Il ferme son téléphone en me souriant. Pour protéger l’espace vital qui nous sépare, il cale ses ballots sous ses pieds, il s’assoit, sort un journal et le déplie sur le siège. Intrigué, je l’épie du coin de l’œil. Il farfouille dans son colis blanc rayé de rouge ; une boîte et un grand bocal en verre en émergent. On dirait une sauce de pois chiche baignant dans la graisse. Il prend son pan, puis avec les quatre doigts de sa main droite et son pouce faisant office de pousse-pousse, il rassemble la purée en boule, la dépose sur son pan, en prend une lampée. On dirait mon chat qui lape son bol de lait. Pour donner congé à mon odorat, je reprends le fil de ma lecture. Après avoir terminé son repas, mon invité émet plusieurs rots de satisfaction. ll range son bocal et sa boîte, replie son journal et me fixe. C’est alors qu’il me salue… en français.

- Bonjour. Vous venez de quel pays ? me demande-t-il avec un léger accent qui traîne les mots.

- De France, de la ville de Lyon.

- Vous visitez l’Inde ? m’interroge-t-il avec un léger sourire.

Je mets de côté ma tablette pour lui tenir compagnie.

- Je suis en vacances pour deux semaines. Je visite le Tamil Nadu et le Kerala.

Le chef de train nous remet les draps pour la nuit. Je prends le coton, encore chaud

et bien amidonné avec l'envie d'y plonger mon nez dedans.

- Aimez-vous le dal de lentilles ? s’enquiert-il en pliant davantage sa literie comme un mouchoir de poche.

J’incline la tête de haut en bas et le voilà qui dodeline la sienne de gauche à droite.

Au Tamil Nadu, on tangue pour un oui ou pour un non. Il ajoute sans attendre ma réponse :

- J’aime bien le dal. Je suis végétarien. Pas de viande, pas de poisson, pas d'oeuf.

Le train tousse et s’arrête. L’inconnu reprend :

- Pas de carottes, pas de pommes de terre, en les arrachant on risque de priver de vie les insectes. Pas de légumes couleur sang. Je suis médecin.

Enfin, une personne avec laquelle je vais pouvoir échanger sur les bienfaits de la médecine indienne ! Je me penche vers mon interlocuteur pour lui parler en toute confidence.

- Pratiquez-vous la médecine ayurvédique ? Je m’intéresse à la santé incluant l'hygiène de vie, le corps et l’esprit. En France, on connaît surtout ses déclinaisons comme les massages, le yoga…

Et sa tête remue à bâbord, à tribord, lorsqu'il me répond :

- Votre feu intérieur est faible et votre digestion est lente. Je vous conseille de manger du gingembre, de l’ail, du poivre noir, de la cannelle.

Je ne sais pas si je suis en consultation ou en conversation avec un éminent spécialiste. L’imprévu étant un plaisir, je rebondis oubliant son diagnostic :

- Cette approche ne se focalise pas seulement sur le mal à traiter mais également sur le corps et sa capacité à réagir à la douleur, en prenant en compte le physique, le mental, le côté spirituel.

Je pose mes mains sur mes genoux, paumes tournées vers l’extérieur. Mon gourou poursuit :

- Le Garam Masala, originaire du Nord de l’Inde, est un mélange d’épices chaud.

Le train redémarre. Sans retenue, je déclare :

- C’est pourquoi le Masala est prescrit pour guérir le feu…

- Et pour assaisonner les curry. Vous aimez le thé ?

Je dandine sur la banquette. Il n’attend pas ma réplique.

- Alors, vous aimerez le Massala Chai. C’est un thé aux épices avec du lait chaud et du sucre que l’on sert séparément. Une légende raconte que le prince Dharma quitta son village pour aller en Chine et terminer ses réincarnations. Il voyagea pendant plusieurs années par la montagne. Un jour, il somnolait en cheminant, il remarquait soudain des feuilles d’un théier sauvage. Il en prit et les mâcha doucement. Les bienfaits du thé le tinrent éveiller jusqu’en Chine.

Arrêt en gare. Mon gourou se lève et plie bagages. Avant qu’il ne quitte son cabinet médical, je m’enquiers du prince :

- A-t-il atteint le Nirvana ?

Question ouverte, le sage avait déjà quitté le train. Cet échange à saveur unique me laisse encore en appétit.

Rédigé par Champagne Michèle

Publié le 24 Septembre 2013

Il fait encore beau, alors venez à la Maison du Québec à St-Malo assister à la présentation du roman historique "S'Enraciner au pays de l'espoir, histoire d'une famille Orillon dit Champagne".

Michèle Champagne présentera son livre dont l'action se passe en Acadie, au Québec, aux Etats-Unis, entre 1697 et 1940.

250 ans d'histoire dans le cadre du tricentenaire du Traité d'Utrecht !

La présentation se fera le samedi 5 octobre à 17 heures.

Apportez vos maillots !

Annonce de la présentation du livre "S'enraciner au pays de l'espoir : histoire d'une famille Orillon dit Champagne"

Rédigé par Champagne Michèle