Publié le 4 Avril 2014

Jour d’anniversaire

Ventres bombés d’azur blanc

Que de mots et de mains ont glissés sur la nappe amidonnée

Fossette au menton se creuse, sus le rire rouge de vin

Déjeuner aussi naturel qu’une abeille au rosier

Et le gigot aussi tendre qu’un agneau

Allons boire un café très noir

Pas un ne manque au jardin

Dans la maisonnée, trousseau de jeunes ménages

Nappes amidonnées, pliées, à la lueur des espoirs des siècles derniers

Enfin, retrouvées au grenier

Secret des textiles anciens

Aux lettres brodées Alexandre, Léon, Feldmann

Et d’autres encore, cachés dans les coins de l’oubli

Tel un songe, à la beauté d’un nouveau dîner

Renaissent !

Nappe ancienne

Nappe ancienne

Rédigé par Champagne Michèle

Publié le 25 Janvier 2014

Jorge lève la tête au moment où la navette spatiale américaine perce la couche de nuages. En plein désert du Mexique, Jorge marche avec son chien. Jorge quittera le Mexique pour passer de l’autre côté du mur, "là-bas où les riches envoient des fusées au ciel. Ils sont peut-être écoutés de Dieu ? " Jorge chemine avec son ombre et son fidèle ami à quatre pattes. "Pourquoi m'acharner à vivre dans ce foutu Mexique, sans fric."

Pas besoin de prendre une navette, Jorge est sur une autre planète depuis le décès de sa femme. Ses fils maintenant adultes n'ont plus besoin de lui ; le plus grand est aux Etats-Unis, l'autre vivote de trafics à Mexico. Franchir ce mur que les américains ont construit, un mur de peur et d'espoir qui suinte de haut en bas, un mur qui attire comme un aimant. Son cabot ne sera pas du voyage. " Le tuer ou le laisser à un ami ? La pauvre bête se laissera mourir."

Jorge continue d’avancer, les yeux fermés et les genoux qui vacillent. La bête le frôle comme si elle avait deviné son intention. Jorge continue d'avancer avec son fusil, pointe baissée, cœur en berne.

Une voiture s’arrête derrière sa camionnette. Trois hommes descendent de la Ford, le premier lève les bras en l’air, les deux autres le suivent. Le chien se met à japper, la bête court, un coup de feu éclate, une touffe de poils s’effondre. Un autre coup de feu, une forme chute sur le sable, un chapeau roule sur la route. Un homme, le plus petit, s’approche du camion de Jorge. Il ouvre la porte, retire les clefs restées sur le volant, et remonte dans l’auto. La Ford repart en trompe, Jorge appelle "Kico, Kico ?" Il n'a pas tiré, d'autres s'en sont chargés.

Près de son camion, Jorge aperçoit un corps allongé sur le sable et... Kico. Le flanc droit couvert de sang, la bête respire par coups saccadés. Jorge se rapproche, s’agenouille près de Kico, lui caresse la tête. Une plainte jaillit comme les pleurs d'un enfant. Jorge se lève, fait un signe de croix, puis il prend son fusil, visse le manche à son épaule, l’œil droit à moitié fermé. Une détonation étouffe le cri de la bête. Il se dirige vers l’homme, un filet rouge creuse le sable. Les yeux ouverts, l'inconnu fixe le ciel, sans vie.

Jorge retourne à son camion, les clefs sur le volant ont disparues. Il cherche autour du véhicule, piétine sur la route. Pas de trace de ses clefs. "Maintenant, il ne me reste plus qu'à marcher. Marcher jusqu'au mur et le franchir, vivant ou mort."

Mur entre les Etats-Unis et le Mexique

Mur entre les Etats-Unis et le Mexique

Rédigé par Champagne Michèle

Publié le 17 Novembre 2013

Conversation sur rail

Dans le train en direction de Madurai pour Trivandrum, je prends place dans un wagon de luxe : banquette de cuir crevassé, ventilateur rouillé, vitre entourée d’un isolant de caoutchouc bavant aux quatre coins. Je soupire en pensant que j’ai bien fait d’opter pour un confort avec air conditionné ! Vingt-minutes plus tard, la locomotive démarre malgré les hommes et les femmes qui circulent sur les voies ferrées pour rejoindre l’autre quai. « Incredible India ! » comme dit mon guide. Le paysage déroule son filet de villages, ses immondices au bord des chemins et ses routes de terre battue et de macadam troué. J’ouvre ma tablette, un roman indien à lire. Quelques minutes plus tard, je suis dérangé par un brouhaha : un jeune couple allemand tente désespérément de s’installer sur deux sièges avec un énorme barda sur le dos, de véritables mules ambulantes ! Détournant mon attention vers l’extérieur, le paysage n’a rien de particulier, je me replonge aussitôt dans ma lecture.

Avanchi Maniyachi. Arrêt brusque. Une musique digne d’un Bollywood trépidant jaillit dans l’allée du wagon. Un vieil homme aux cheveux blancs, muni de deux gros sacs en plastique aussi fissurés que les sièges s’arrête devant ma loge. Ses yeux escaladent le sommet de ses lunettes lorsqu’il s’approche pour lire l’étiquette collée sur la porte du wagon-lit. La musique continue sa danse endiablée, la poche de sa chemise scintille d’un vert émeraude. « Oh non ! » dis-je. Ce nouvel intrus dépose ses cabas sur la banquette en face de moi. Je lui signale de baisser la musique de son portable en répétant « musique », « musique », et pour insister davantage, je colle mes mains sur mes oreilles. Il a compris ! Il ferme son téléphone en me souriant. Pour protéger l’espace vital qui nous sépare, il cale ses ballots sous ses pieds, il s’assoit, sort un journal et le déplie sur le siège. Intrigué, je l’épie du coin de l’œil. Il farfouille dans son colis blanc rayé de rouge ; une boîte et un grand bocal en verre en émergent. On dirait une sauce de pois chiche baignant dans la graisse. Il prend son pan, puis avec les quatre doigts de sa main droite et son pouce faisant office de pousse-pousse, il rassemble la purée en boule, la dépose sur son pan, en prend une lampée. On dirait mon chat qui lape son bol de lait. Pour donner congé à mon odorat, je reprends le fil de ma lecture. Après avoir terminé son repas, mon invité émet plusieurs rots de satisfaction. ll range son bocal et sa boîte, replie son journal et me fixe. C’est alors qu’il me salue… en français.

- Bonjour. Vous venez de quel pays ? me demande-t-il avec un léger accent qui traîne les mots.

- De France, de la ville de Lyon.

- Vous visitez l’Inde ? m’interroge-t-il avec un léger sourire.

Je mets de côté ma tablette pour lui tenir compagnie.

- Je suis en vacances pour deux semaines. Je visite le Tamil Nadu et le Kerala.

Le chef de train nous remet les draps pour la nuit. Je prends le coton, encore chaud

et bien amidonné avec l'envie d'y plonger mon nez dedans.

- Aimez-vous le dal de lentilles ? s’enquiert-il en pliant davantage sa literie comme un mouchoir de poche.

J’incline la tête de haut en bas et le voilà qui dodeline la sienne de gauche à droite.

Au Tamil Nadu, on tangue pour un oui ou pour un non. Il ajoute sans attendre ma réponse :

- J’aime bien le dal. Je suis végétarien. Pas de viande, pas de poisson, pas d'oeuf.

Le train tousse et s’arrête. L’inconnu reprend :

- Pas de carottes, pas de pommes de terre, en les arrachant on risque de priver de vie les insectes. Pas de légumes couleur sang. Je suis médecin.

Enfin, une personne avec laquelle je vais pouvoir échanger sur les bienfaits de la médecine indienne ! Je me penche vers mon interlocuteur pour lui parler en toute confidence.

- Pratiquez-vous la médecine ayurvédique ? Je m’intéresse à la santé incluant l'hygiène de vie, le corps et l’esprit. En France, on connaît surtout ses déclinaisons comme les massages, le yoga…

Et sa tête remue à bâbord, à tribord, lorsqu'il me répond :

- Votre feu intérieur est faible et votre digestion est lente. Je vous conseille de manger du gingembre, de l’ail, du poivre noir, de la cannelle.

Je ne sais pas si je suis en consultation ou en conversation avec un éminent spécialiste. L’imprévu étant un plaisir, je rebondis oubliant son diagnostic :

- Cette approche ne se focalise pas seulement sur le mal à traiter mais également sur le corps et sa capacité à réagir à la douleur, en prenant en compte le physique, le mental, le côté spirituel.

Je pose mes mains sur mes genoux, paumes tournées vers l’extérieur. Mon gourou poursuit :

- Le Garam Masala, originaire du Nord de l’Inde, est un mélange d’épices chaud.

Le train redémarre. Sans retenue, je déclare :

- C’est pourquoi le Masala est prescrit pour guérir le feu…

- Et pour assaisonner les curry. Vous aimez le thé ?

Je dandine sur la banquette. Il n’attend pas ma réplique.

- Alors, vous aimerez le Massala Chai. C’est un thé aux épices avec du lait chaud et du sucre que l’on sert séparément. Une légende raconte que le prince Dharma quitta son village pour aller en Chine et terminer ses réincarnations. Il voyagea pendant plusieurs années par la montagne. Un jour, il somnolait en cheminant, il remarquait soudain des feuilles d’un théier sauvage. Il en prit et les mâcha doucement. Les bienfaits du thé le tinrent éveiller jusqu’en Chine.

Arrêt en gare. Mon gourou se lève et plie bagages. Avant qu’il ne quitte son cabinet médical, je m’enquiers du prince :

- A-t-il atteint le Nirvana ?

Question ouverte, le sage avait déjà quitté le train. Cet échange à saveur unique me laisse encore en appétit.

Rédigé par Champagne Michèle

Publié le 24 Septembre 2013

Il fait encore beau, alors venez à la Maison du Québec à St-Malo assister à la présentation du roman historique "S'Enraciner au pays de l'espoir, histoire d'une famille Orillon dit Champagne".

Michèle Champagne présentera son livre dont l'action se passe en Acadie, au Québec, aux Etats-Unis, entre 1697 et 1940.

250 ans d'histoire dans le cadre du tricentenaire du Traité d'Utrecht !

La présentation se fera le samedi 5 octobre à 17 heures.

Apportez vos maillots !

Annonce de la présentation du livre "S'enraciner au pays de l'espoir : histoire d'une famille Orillon dit Champagne"

Rédigé par Champagne Michèle

Publié le 19 Août 2013

Ce matin, je vis un cadavre encore tout chaud coincé dans mon géranium : un mégot ! Comment le Camel avait-il atterri sur mon balcon ? Par le cowboy Malboro à dos de chameau ? Ou par lord Dunhill depuis un salon feutré de Londres ? Et pourquoi pas par une Gitane brune et bien roulée ? Et si c’était plutôt par une Gauloise depuis sa villa romaine ? Joueur, je misais sur le troisième, rouge impair. Munie d’une pince à épiler, je pris l’objet en flagrant délit, ouvrit l’enveloppe pour y glisser le coupable. Aucun alibi, alors retour à son propriétaire ! Mais avant de cacheter le pli, l’envie me prit de rouler un trick sans fumée :

CEN, à recommencer, il en coûtera des cent et des lires de délires

DRI, à défaut d’en griller une, driller le cigarillo

ER ? Vous y êtes !

CEN DRI ER !

CENDRIER !

A utiliser sans modération même pour les feux de paille. Valable en toute saison. Objet nomade vendu dans toutes les dimensions. Et si se cachait l’homme à la cigarette de X-Files ? Un complot fume dans les coulisses de la cage d’escalier ou du garage. Qui sera la victime des ombres vertes ? A moins que ce ne soit un coup des Anonymous ou des hacktivistes ? Non, finalement, il n’y a que cendre : poussière, tu es, poussière, tu retourneras sous terre.

D'une voisine, jardinière à ses heures, non-fumeur, chasseur d’aigreur.

Géranium balcon terrasse

Géranium balcon terrasse

Publié le 19 Juin 2013

 

Ramla bay

 

Aujourd’hui, jour de ton anniversaire. Lorsque La Méditerranée devient perle, c’est signe de mauvais temps.  Assise dans le fauteuil, yeux levés vers l’aquarelle, je regarde cette mer déchaînée avec ses larmes déchiquetées qui s’engouffrent entre les rochers. Te souviens-tu de cette toile, et de ce marché où nous étions passées en trombe ?  J’hésitais à l’acheter, ferait-elle bien dans le salon ?  Sur tes recommandations, je la prenais, vite, aussi vite que les pièces sautaient dans ma main sans prendre le temps de compter la monnaie. Le tableau sous le coude, nous traversâmes la rue sous la pluie. Courir du même pas, à la même vitesse pour échapper aux rafales. Tu dérapais sur la terre mouillée, incapable de te relever par ton poids et ta robe enroulée entre tes jambes. Etalée sur le sol, tu me lançais : « Peut-on échapper à la mort en vivant ?  »   


Ce soir, je me rappelle ce corps figé, froid sur le marbre de la salle à manger, criblé de balles. Le corps de ton frère. Où est passée ta vie, celle de ta famille, de tes amis, de ton pays ? Mon séjour terminé parmi les tiens, mes pensées sont de l’autre côté de la mer emportées par la tempête.  Avec ou sans conscience, tous se taisent face à ce grand drap blanc posé comme une toile d’araignée sur ton peuple.

 


Publié le 1 Mai 2013

Combien sont-elles, ces Filles, pupilles du Roy, filles de joie, veuves, mères célibataires, issues pour certaines de milieu bourgeois ? Elles ont confié leur destin au Nouveau-Monde en guise d’espoir, destinées qui ont sombré dans l’oubli pour la plupart, d’autres ont laissé des traces dans les villages du Québec. Pleurs des berceaux, cris des Rebelles, luttes aux côtés de leurs époux... Pour ne pas les oublier, le Québec et la France commémorent le 350e anniversaire de l’arrivée des Filles du Roy. Un rendez-vous à ne pas manquer ! 

Adam, Barbier, Binard, Bourgeois, Damours, Desjardins, Gauthier, Grondin, Hébert, Landry, Levasseur, Morin, Perrault, Robineau, Royer, Rousseau, Richard, Verger, Videau.. et d'autres encore...

 

Plaque des Filles du Roy Québec

 

Ces noms, pour n’en citer que quelques-uns figurent sur la liste des noms de famille des Filles du Roy. Au début de leur arrivée en 1663, une trentaine de femmes posèrent le pied en Nouvelle-France tournant le dos à Paris, à Dieppe, à La Rochelle et autres contrées... pour s’installer à Trois-Rivières, à Québec ou à Montréal.

Des centaines de femmes ont tenté leur chance : de 1663 à 1673, plus de huit cent femmes s’établirent sur les rives du Saint-Laurent. Certaines provenaient de Paris où elles étaient hébergées à l’hôpital La Salpêtrière, dans une section dédiée aux femmes nécessiteuses, aux prostituées, aux malades. Quelle que soit leur origine, toutes ces femmes ont pris racine au Québec.

Votre patronyme figure-t-il sur la liste des noms de famille des Filles du Roy ?

Si vous trouvez votre patronyme, alors l’enquête commence !

Il faudra vous documenter sur la Nouvelle-France, exploiter le fichier d’origine pour retrouver leurs descendants et peut-être les vôtres ? fouiller les recensements, élargir votre enquête aux conjoints, découvrir leurs métiers, visiter des villages, assister aux festivités.

Sans discourir sur le statut des Filles du Roy, toutes ont participé au peuplement de la Nouvelle-France, avec fortes lignées et/ou fausses-couches. Pour celles qui n’ont pas donné la vie, leur mérite est dans le travail de la terre... au pays des « quelques arpents de neige ». Devoir de mémoire, les villes de Trois-Rivières et de Québec ont érigé une plaque à la mémoire de ces femmes.

A titre indicatif, une liste de ressources, non exhaustive, mais c’est un début !

Bonnes recherches.


Société d’Histoire des Filles du Roy Retour ligne automatique

Le Fichier origine des pionniers

 

Liste des filles du Roy qui ont contracté un mariage Retour ligne automatique

Liste des filles du Roy de la région d'Ile de France

Liste des filles du Roy provenant de NormandieRetour ligne automatique

Marie Grandin de Normandie a épousé Claude Robillard. en Nouvelle-France.
Voir notre article publié sur le site Histoire et Généalogie "Claude Robillard jeune Normand, agriculteur en Nouvelle-France"

Liste des filles du Roy provenant d'autres régions de France

Liste des filles du Roy dont l ’origine est inconnueRetour ligne automatique

Actes de mariage des filles du Roy de 1634 à 1663Retour ligne automatique

Liste des filles du Roy entre 1663 et 1673Retour ligne automatique

Liste des filles du Roy établies à Saint-Augustin-de-Desmaures (situé dans l’agglomération de Québec)Retour ligne automatique

 

 

Publié le 27 Février 2013

instantane.jpg

 

 

instantane.gif

Photo Ph. Leon, 2008

 

Un photographe et son appareil

traîne sur la route le nez au vent

escalade un arbre et se prend les pieds

zut déclic.


L
a bride autour du cou
repart en maugréant

mandibules agitées

rien à se mettre sous la dent.


P
lein sud au cap nord

les crocs d’un ours, truffe noire qui houspille

odeur de chair
homme égale nourriture

eureka.


D
es étamines gorgées de pollen

une fleuriste éclose comme la rose

embrasse ses bacs de ses bras si blancs

sous le charme ose

déclic avec sourire.


U
n état major déambule

médailles cliquetantes et argentées

moue de dégoût

photo ratée gris assuré

pas de déclic.


A
la recherche d’un autre sujet

tourner le dos sans regret


Marmelade d’orange, appétit des sens

une goutte sucrée juste avant la commissure

les lèvres du commissaire rêvent

par la fenêtre une Minolta surveille

déclic au lever du jour.


U
n bouddha dort avec son chat

qui serpente entre bâtons d’encens et fleurs de lotus

scène à ne pas manquer

recul et déclic.

 

Impertinence du touriste pris en flagrant délit

sur le viseur numérique apparait

une lame de silex pour lui couper le cou

déclic colérique.


S
olange mon ange fait ses bagages

devant le lit se demande

qu’aie-je  oublié ?

le goût de l’amour et des amandes

clic ! la malle se ferme

dernier déclic en guise d’adieu.


U
n dauphin cherche désespérément

l’âme sœur au ventre blanc

pour partager cerf-volant

à l’insu de l’œil électronique.

O
ndes imaginaires

deux oies de mer se promènent

au phare se heurtent les vagues

écume blanche sur le dos des moutons

l’artiste pris d’un hoquet

déclics saccadés.


B
ruine sur le miroir

mouchoir au revoir

le ressac revient toujours

comme un réflexe.


L
e photographe tourne sa lentille

autour des mondes

sur le gril sur le vif

l’espace d’une seconde

une vision instantanée

mémorisée à la vitesse de la lumière

dans un cliché de très courte durée.

Publié le 14 Novembre 2012

 

mer

Photo : Ph. Léon 2010

 

 

 

Au cœur du navire, il est là, blottit.  L’homme au bonnet bleu colle son oreille contre la coque.  Un craquement, puis des tirs de pacotille s’éternisent sur la banquise.  Est-ce le navire qui se meurt dans les glaces ou son ventre qui se coupe en deux ? 

 

 

Dans sa poitrine, des mots noués comme un nœud secret frappent trois coups.  Ce silence de mots se fissure.  Depuis quand n’a-t-il pas entendu ce désert blanc dans l’abîme de son être ?  Depuis quand a-t-il perdu ce goût amer coulant dans sa gorge ?  

 

 

Chute de pierres sous ses pieds, au bord de la falaise.  Le mouvement de ses doigts sur ses lèvres cache la parole givrée.  Le bonnet bleu de l’homme rigole entre ses doigts.  L’heure s’évade sur les traces des pas du chasseur.  Plus de pistes, cent lieux au creux de la forêt, là où le soleil ne vient jamais. 

 

 

Sous la grande vague au large de la côte,   son corps plonge en chute libre.  Le vide immédiat, béant glisse sur sa figure d’un flot rougeâtre.  Le voilà fébrile, le bonnet vogue entre ses genoux.  De grandes volutes écumeuses l’attirent encore plus au large.  Dans son dos, le froid de la terreur suinte lentement pour mieux le pénétrer.  Des vagues cordées bleues de mer enserrent sa tête de marin.  Un jour  pâle d’hiver se lève alors que le navire disparaît dans le monde flottant.  Un passage, un seul : passer de l’espace maritime à l’espace céleste.

 

 

Est-ce le mur qui s’écroule d’un seul souffle ? Même tombé, l’écho serpente au fond de la vallée.  L’igloo s’ouvre, telle la gueule de l’ours blanc.  Dessus, dessous, dans la main du marin, plus rien.  Rien que la peur qui scintille sur la neige lovée au creux de sa paume, dans la ligne du milieu, au plus creux.  Blessure du cœur, rallumée aux heures creuses de l’ennui.  Le chagrin devient acide.  Chasser le chagrin comme le chasseur affamé.  Divaguer comme le pénitent à l’intérieur du vaisseau fantôme.

 


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Publié le 19 Juillet 2012

reve

 Photo : Ph. Léon 2007

 

« Prendre le bout d’un rêve.  Lequel ? » se demande l’homme au teint blafard, ses doigts gantés de noir, posés sur sa joue, la tête appuyée sur la fenêtre ?  Le début ou sa fin ?  Les yeux clos, aucun signe de vie à lire sur ce visage au livre fermé.  Le penseur du RER rêve…  Que sais-je ? Devant moi, une dame ne se pose plus la question.  Elle a pris le milieu de son rêve, y nage dedans, dehors n’existe plus.  Comment le sais-je ?  Voyez  ses poings fermés, entendez-vous  son souffle lent et profond ?  Cette dame s’enroule dans sa nuit sous les néons du wagon.  Sur le banc, à ma droite, un jeune adolescent n’a pas trouvé le chemin de son rêve ;  plongé dans un journal, il s’évade avec les mots d’un autre.  Les stations défilent, les ombres m’entourent : épaules penchées vers le sol, nez dans un bouquin, mains agitées dans des sacs en forme de pochoirs, accros du boulot, les doigts clavardent à la cadence du train. On croirait entendre les murmures des nuitées du bout des lèvres, sur le dos des paupières.  Des phrases mises bout à bout, de tous un chacun, empilées dans la mémoire souterraine des histoires d’amour, de guerre, de voyages, des récits épiques, des conquêtes avec ou sans éclat.  Qui prend tel mot pour en faire sa propre histoire ?

A quelques pas de mon siège, un homme cravaté vit sa jeunesse au rêve délavé.  Dévalant les pistes du journal « L’équipe », il sautille sur les cimes, navigue sur les fleuves, traque dans la jungle.  Fiction à l’horizon, des lunettes remontent sur l’épine dorsale de l’appendice nasal, sauter  dans cet espace fermé, à soi seul, à ciel ouvert.  Les pages tournent, les images défilent, les sensations refont surface au lever du rêve. 

Prendre le bout d’un rêve, son début, son milieu ou garder le meilleur pour les jours suivants ?  Quels mots ai-je pris ce matin, au hasard des souffles et des murmures ?  Arrêt en station.  Les yeux s’ouvrent, l’un regarde l’autre cherchant le fil de sa nuit.  Tous, en plein jour quittent  leur part de rêve. 


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