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Mardi 31 mai 2011 2 31 /05 /Mai /2011 22:35

 

Ce texte s’inspire de la légende du « baiser de l’architecte », légende associée à la construction de la mosquée de Bibi Khanoum à Samarcande (Ouzbékistan).  Bibi, princesse chinoise, était l’épouse de Tamerlan, Tamerlan désigné en Ouzbékistan par « Timour».  Elle fit construire une mosquée en attendant le retour de son époux partit en guerre.   L’architecte, séduit par sa beauté, l’embrassa sur la joue et laissa l’empreinte de son baiser.  De retour, Timour remarqua cette marque sur la joue de sa femme.  Pour la punir, elle fut jetée du sommet d’un minaret.

 

  Ouzbékistan

 

Crédit photo Ph. Leon

 

"Quand tu entendras le sol trembler, tu sauras que je suis là ». 

 

Sherobod se rappelle la phrase de son époux avant son départ.  Chaque soir, elle s’endort en murmurant ces mots, la voix brisée.  Ces mots, elle n’arrive plus à les oublier comme ce rêve qui revient sans cesse. Sherobod s’endort au son du vent étouffé qui soulève les sables rouges.  Chaleur humide, un vers luisant s’agrippe à une feuille.  Deux, puis trois tressautements secouent son corps, signe d’un sommeil profond.  Des mains surgissent de la terre et enveloppent sa voûte plantaire pour la conduire près de la lune.  Sherobod flotte au-dessus des steppes d’Asie Centrale.  Le cri de l’aigle dans le ciel, les hurlements d’un chien dans la vallée l’emportent dans les profondeurs de la nuit.  Fuir, la peur de la colère, la victoire aux abois,  les reflets des morts comme les eaux noires du fleuve Daria.

 

 

Une perle de lune éclaire la chambre de Sherobod.  Elle se tourne dans son lit et continue sa rêverie.  Un enfant surgit à dos d’âne ; il frappe la pauvre bête  avec une feuille de palme. Gémissements du vent.  De nouveau, l’étranger revient avec la légèreté d’un amant, pierres sur le dos, âme en broussailles, cœur en poussière.  Dans les flammes, flûtes, pierres et épices, ne reste que l’odeur, celle du plaisir après les sucreries et le miel.  A peine porté à ses lèvres, le jasmin devient liane.  Sherobod, au sommet de la tour, les joues encore humides de baisers, les crevasses des mains de l’aimé sur ses seins… 

 

La terre tremble.

Timour…

 

Les guerriers reviennent ivres et leurs chevaux.  La tour se replie sur elle-même, le désert souffle, les épines roulent sans horizon.  Un cri, un seul, au sommet du minaret.  Sherobod, corps suspendu dans le vide, s’accroche au ciel, paumes ouvertes.  Un second cri,  Sherobod se réveille, ses yeux ne crient plus. Dehors, la terre frisonne.

 

 

Le rêve du guerrier

 

Timour Tamerlan

Un filet d’huile orangé gicle sur ma veste olive, l’empereur est à table, il sort son sabre, j’ouvre la mouche pour emprisonner ma bouche, l’ennemi fonce dans la salade, radars en approche, ses grandes ailes parachutées déclenchent une avalanche de giclées persillées, le samouraï se lève, d’un coup de sabre coupe le col de la salade, le vin coule sur la nappe, airelles rouges et épaisses, les têtes roulent, gueules ouvertes.

 

  Crédit photo Ph. Leon

 

Par Champagne - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Pensées d'ailleurs
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Commentaires

Joli conte, mais la légende dit aussi que l'architecte est réapparu en Iran où il à terminé sa vie.
Commentaire n°1 posté par Françoise Merle le 01/06/2011 à 12h33
Merci Michèle pour ce "baiser fatal" qui nous fait voyager loin, vers les terres des déserts des Tartares chères à Dino Buzzati.
Commentaire n°2 posté par François le 06/06/2011 à 08h19
Bonsoir, Michèle ! Je viens de lire ta dernière nouvelle avec grand plaisir
Commentaire n°3 posté par Gilles le 06/06/2011 à 08h20
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