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Crédit photo : Ph. Léon
Germaine avait beau lire « L’élégance du hérisson », roman écrit par une concierge pour comprendre la psychologie des deux pattes habitant la résidence, elle en avait les cheveux électrifiés ! Recevoir un pot de fleurs sur la tête en provenance du troisième étage du bloc A, il y avait de quoi sortir de ses gonds ! Ah ! Germaine remarquait que le colis envoyé en express par les vents de la tempête Xynthia était un sapin de Noël. N’y manquait plus que les boules ! Germaine en avait la chair de poule.
Elle voyait déjà le couloir de l’hôpital, son crâne ouvert laissant s’envoler les lignes du roman, justement le passage où la concierge se faisait happer par une voiture avant de connaître l’aventure avec le locataire du bâtiment L. Germaine était convaincue que la nature l’avait protégée en lui évitant de réceptionner le conifère, sans doute pour la remercier de ses bons et loyaux services à entretenir les jardins de l’immeuble. Prise de colère, elle décidait de jeter d’un coup de revers, digne d’un grand joueur de tennis, l’arme du crime dans la fosse aux oubliettes. Les sens encore à contresens, elle sonnait à la porte de l’auteur du délit.
Dring ! Dring ! Germaine restait bouche bée à voir devant elle l’artiste du troisième étage en kimono, un masque blanc sur la figure, les lèvres en confiture. L’odeur de thé au jasmin lui mettait l’écume à la bouche. Elle en était verte la Germaine au point d'en décocher des onomatopées en pleines omoplates. Bas les pattes ! L’artiste se mit à reluire comme une luciole ; du jaune passa sur ses joues, puis du bleu de mer sur ses paupières, un chant d’oiseau résonnait derrière sa chevelure en chignon , Mon beau sapin… roi des forêts…., une orchidée ondulait dans sa chevelure. De sa voix de pinson, la demoiselle dit à Germaine : « Eh bien ! Vous l’avez échappé belle... »
Ras-le bol ! Germaine descendit au sous-sol. Clac ! Le couvercle de la poubelle se refermait sur le sapin citadin prisonnier de son destin. Depuis ce jour, Germaine avait la conviction qu’on voulait l’user à petits feux : du chewing-gum collé sur le bouton de l’ascenseur, des mégots de cigarettes tapis sous les paillassons, des pamphlets publicitaires déchirés dans les casiers à journaux, des caves inondées. On la vit se rouler sur elle-même pour se protéger des intempéries. Elle donnait l’allure d’un porc-épic, digne des armatures de fer. Germaine ne parlait plus à personne, elle frôlait les murs et s’emmurait dans ses pensées obscures. Comble de malheur, Germaine avait perdu le goût de la lecture. Elle ne finit jamais le livre « L’élégance du hérisson », perte de diapason. Qu’elle revienne à la vie, vite, notre Germaine, sous la pluie !
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